6.22.2006

Madonna comble sa cour

MONTREAL (CyberPresse : Alexandre Vigneault) Avant même que les lumières soient éteintes, la foule au grand complet avait les yeux tournés vers le plafond du Centre Bell. Tout le monde savait que Madonna allait descendre sur scène à bord de l'immense boule disco suspendue au centre de l'amphithéâtre.

Des cris fusaient et se répandaient comme un virus ultra-contagieux dès qu'un allumé croyait percevoir du mouvement dans les airs. La Madone n'avait pas encore montré le bout d'un orteil que la salle entière semblait prête à la suivre jusqu'au bout de la nuit.

La noirceur est tombée d'un seul coup vers 20 h 45. Madonna, qui a l'habitude d'entrer en scène avec 30, voire 45 minutes de retard, n'a pas abusé de la patience de ses fans montréalais. Elle n'avait pas mis les pieds ici depuis 13 ans, c'était bien suffisant. Dans une euphorie qui avait quelque chose de solennel, ses fans ont suivi la boule disco descendre du plafond. Jusqu'à ce qu'elle s'arrime au centre de la passerelle. Et jusqu'à ce que la star de la soirée fasse son entrée, triomphale, bien sûr, vêtue de cuir noir et une cravache à main.

Madonna dominatrice? L'image renvoyait au dernier spectacle qu'elle a présenté à Montréal, il y a 13 ans, alors qu'elle vivait à fond sa période Sex, Erotica, etc. Mais la star s'est réincarnée plusieurs fois depuis ce temps. Et c'est un peu ce que son spectacle Confessions allait montrer au cours des deux heures suivantes.

La foule ne s'est pas fait prier pour entrer dans la danse et s'est mise à remuer dès Future Lovers, puis sur Get Together. Installé tout près de la passerelle, on pouvait voir la star arpenter la scène d'un pas volontaire et observer à loisir son impressionnante musculature. Elle travaille visiblement très fort pour afficher une forme aussi resplendissante à 47 ans. De si près, on pouvait aussi voir combien elle était concentrée sur sa voix et ses pas.

Madonna sur scène, c'est du théâtre chorégraphié, pas le royaume de la spontanéité. Comme à Los Angeles il y a un mois, c'est après avoir lancé «are you ready to ride with me?» à son public qu'elle a entrepris son numéro de lap dancing équestre - en se frottant l'entrejambe sur un poteau monté sur une selle - au moment de Like A Virgin. Faire de telles acrobaties lui demandent cependant tellement d'efforts qu'elle n'arrive pas à ajouter une pointe de coquinerie dans son chant, plutôt mécanique.

Quelques instants après, ses fans montréalais ont enfin pu voir la scène qui a choqué une certaine Amérique. Après une brève pause et un changement de costume, Madonna est apparue crucifiée sur une gigantesque croix disco. Sous un tonnerre d'applaudissements. Son public n'est pas du genre à s'offenser pour ce genre de chose. Ni à lui reprocher ses insultes à George W. Bush dans I Love New York et, surtout, un segment remixé de Sorry.

Mais au-delà de ces provocations religieuses ou politiques, Confessions est surtout une irrésistible invitation à danser. Ce n'est pas pour rien que la star multiplie les clins d'oeil. Le plus percutant est sans aucune doute la chorégraphie de Music, qui est calquée sur celle de Saturday Night Fever. Ses fans ne se sont d'ailleurs pas privés de rouler des hanches ou sautiller sur Ray Of Light, I Love New York et Sorry, trois des moments forts de la soirée.

Peu jasante d'ordinaire, Madonna a quand même pris le temps de s'adresser à son public, hier. Elle a dit quelques mots en français, bien entendu. Mais c'est surtout lorsqu'elle a rappelé les origines québécoise de sa mère - née Louise Fortin - qu'elle a le plus fait réagir ses fans. «Vous savez que j'ai du sang canadien-français?» a-t-elle demandé en anglais, avec un sourire disant qu'elle connaissait bien la réponse.

Pressé par l'heure de tombée, on a évidemment dû quitter le Centre Bell avant l'apothéose. Un espion demeuré sur place a cependant confirmé ce qu'on avait deviné: Madonna a fait sauter le bouchon en enfilant, en fin de spectacle, Lucky Star, l'un de ses premiers hits, et Hung Up, la chanson qui lui a permis de recouvrer son titre de reine de la pop.

Centre Bell, 21 juin 2006
Publié sur CyberMadonna.info